C’est en remontant en 1880, en Ecosse, que l’on retrouve
la trace d’un jeu populaire auquel on peut apparenter directement
le kayak balle, connu actuellement sous la dénomination de
KAYAK POLO.
Ce jeu, qui mettait en scène des "cavaliers" chevauchant
des tonneaux et manœuvrant leurs très instables embarcations
à l’aide de "palettes" fixées aux
deux extrémités d’un manche, est reconnu officiellement
comme l’ancêtre du WATER POLO. En effet, les "montures"
étaient tellement instables, que les joueurs finissaient
par renoncer à les chevaucher, et terminaient le plus souvent
la partie dans l’eau. Cependant, on peut croire, sans vouloir
engager de polémique partisane, que ce jeu, très prisé
lors des fêtes nautiques des villages, trouve une filiation
plus logique avec le KAYAK POLO, puisqu’il met en évidence
l’utilisation d’un véhiculant nautique, et surtout
l’existence d’une "pagaie", si archaïque
fut-elle, symbole même de l’appartenance au monde du
Canoë-kayak.
En matière de nouvelles pratiques, les innovations sont
souvent le fruit d’un emprunt à des activités
déjà existantes, d’actions, d’attitudes,
de comportements ou de techniques. Ces "modèles",
confirmés par des pratiques corporelles populaires, souvent
ancestrales mettant en évidence un impact sur l’imaginaire
des pratiquants et traduisant le plus souvent une volonté
de valorisation, servent de supports à une parodie de pratiques
sportives ou ludiques. (« Techniques d’hier et d’aujourd’hui
» - G.VIGARELLO pages 46 à 49.)
L’exemple montré ici de ces manifestations de "Tonneaux-Chevaux
" démontre bien le symbolisme équestre de ces
rencontres, et la transposition, pour les classes populaires (sans
moyens) de pratiques physiques, donc sociales, d’une certaine
élite.
Pourtant, si de telles pratiques corporelles prêtent à
sourire de nos jours, elles sont cependant à la source de
bien des pratiques actuelles.
(Le POLO à cheval étant le père d’activités
telles : le polo vélo, le Moto-Ball, le Horse-Ball, le kayak
polo…etc.)
Les premiers pas du KAYAK BALLE en France…
S’il semble incontestable que le KAYAK BALLE trouve ses
racines en GRANDE BRETAGNE, comme d’ailleurs beaucoup d’autres
activités sportives, il n’en est pas moins vrai que
son développement outre manche semble avoir subit les oscillations
perverses de la société britannique. Les sources que
nous possédons ne nous permettent pas de juger d’une
continuité réelle de cette pratique, et la très
bien organisée BRITISH CANOE UNION, équivalent pour
le ROYAUME UNI de la FFCK, ne donne des traces d’un championnat
de « CANOE POLO » (puisque le terme "kayak"
n’existe pas en anglais…) qu’au début des
années 70.
En France, certaines traces, au contraire, nous relatent l’existence
de manifestations.
La première remonterait le 23 juin 1929, à CHALIFERT
(77 – Seine-et-Marne), où, lors de la réunion
nautique du Canoë Club de France, structure mère de
la FFCK, Monsieur JAUBERT dirigea une compétition par équipe
de "repêchage de balles en canoë " («
La rivière » n°212/1929 page 70)
Cette manifestation traduit bien l’ambiance au sein des sociétés
nautiques de canoës et de kayaks, qui organisaient régulièrement
ces réunions festives. La vie associative, plus riche parce-que
moins dispersée, de cette époque permettait l’organisation
de ces fêtes nautique. De plus, les moyens de locomotion encore
peu popularisés, ne permettaient que peu de sorties sur les
rivières ou autres sites de pratiques.
Par la suite, nous retrouvons un document très intéressant
en 1935. Un véritable règlement du « CANOE BALL
» fut imprimé dans la revue "La rivière".
(« La rivière » n°271/1935 page 89-90)
Ce dernier réalisé par : "un groupe d’experts
composés en parties égales de joueurs et d’arbitres
de rugby et de fervents du water-polo, tous bons pagayeurs par surcroît…
"
Les auteurs tenaient cependant à préciser leurs intentions
: « Loin de nous, bien entendu, l’idée de créer
des compétitions, moins encore une fédération
de CANOE BALL, il s’agit simplement, précisons le bien,
de permettre aux pagayeurs désireux de varier leu entraînement
ou, un jour de fête ou de réunion, de mesurer leur
adresse, de n’avoir point à recréer à
chaque partie une règle du jeu. »
Il est à noter, déjà, combien le mot même
de "Compétition", semble prendre un goût
amer dans la bouche de ces "idéalistes de la pagaie,
fervents défenseurs d’une pratique naturelle".
La conception de l’activité Canoë-kayak, du moins
celle de la "Voix officielle" issue du mensuel "La
Rivière", ne pouvait accepter aucun compromis laissant
supposer une quelconque ouverture vers une pratique sportive.
Et pourtant, le fait même de proposer un règlement,
en 13 points, du CANOE BALL, était déjà, à
l’évidence, un début de structuration de l’activité,
qui devait déboucher un jour sur des matchs "officiels".
A la lecture de ce règlement, on peut cependant quelques
points peu précis démontrant la volonté affirmée
de ne pas imposer un carcan réglementaire à ce jeu.
(Longueur du terrain 60 à 100m, largeur : celle des rives,
équipes de 3 à 4 ou 5 bateaux, ainsi que des règles
floues concernant les fautes et l’arbitrage…)
Si le règlement de 1935 semble bien montrer la volonté
des joueurs de l’époque, de conserver ce jeu dans une
pratique festive, il en va tout autrement pour le règlement
qui vit le jour en 1943 sous la plume de Marcel STIBBE.
Entre temps, le C.C.F était devenu le K.C.F et le CANOE
BALL, le KAYAK BALL. Ce changement, plus qu’un simple sigle,
dénote de la prédominance maintenant assise du Kayak
sur le Canoë.
Du KAYAK BALLE… au KAYAK BALL
Pour la première fois également, on note une réelle
volonté de proposer pour cette activité un règlement
construit autour de la logique :
-comportement de jeu – règles – sanctions.
Les règles proposées sont également beaucoup
plus précises (trois arbitres, terrain 80mx35m, maintenant
de la balle, matériel, règle du hors jeu…etc.)
Cependant, une fois de plus, on constate que de nombreux points
préliminaires démontrent la volonté affichée
de faire de cette activité ludique, préparatoire aux
descentes de rivières très prisées à
l’époque.
Marcel STIBBE introduit le document de la manière suivante
(« Le Kayak-Ball, sport nautique » 1943 – M. STIBBE)
:
« Le KAYAK BALL n’est pas seulement un jeu qui exige
d’excellentes qualités athlétiques et une grande
virtuosité dans le maniement de la pagaie, mais c’est
surtout un entraînement et une merveilleuse école pour
le candidat aux descentes sportives, but visé par tout kayakiste.
De même que pour devenir un bon joueur de polo, il faut avant
tout, être excellent cavalier, de même ne peut devenir
un bon kayak-baller que celui qui sait parfaitement manœuvrer
un kayak.
Or dans la plupart des cas, les rivières sportives sont
éloignées des centres où résident les
propriétaires d’un kayak et ceux ci doivent se contenter
d’évoluer sur des rivières généralement
calmes où les manœuvres de propulsion et de direction
restent dans le cadre le plus élémentaire.
Il fallait donc trouver quelque chose de divertissant et d’éducatif
à la fois, c’est ainsi qu’est né le kayak
ball. Sa pratique donne à ses joueurs l’occasion d’accomplir
des demandant de se dépenser en se distrayant. Une balle
à manipuler et un adversaire à vaincre, qu’y
a-t-il de plus tentant pour l’homme, qui d’instinct,
aime jouer et combattre ?. Ainsi le joueur rompu à toutes
les finesses de la pagaie par des matchs et surtout un entraînement
suivi peut-il affronter n’importe qu’elle rivières
aussi torrentueuse soit-elle, il sera maître de son embarcation
et pourra donc pratiquer le tourisme nautique sportif sans risque
ni danger,… »
La lecture de ce texte montre bien l’état d’esprit
dans lequel les kayakistes de l’époque évoluaient.
Le "but de tout kayakiste" était la descente de
rivière sportive. Conception hédonique de la pratique
corporelle où seul le plaisir de l’eau vive, du corps,
des yeux était important. Ceci correspond d’ailleurs
avec la création dans les années 30 du G.H.R. (Groupe
de Haute Rivière), issu de la polémique entre les
adeptes de la randonnée et ceux des "premières"
en rivière sportive (« La rivière » -
Janvier 1943 – CCF)
Ces derniers se plaisaient à affronter les obstacles de
plus en plus difficiles. Sans doute trop contraints par la politique
du moment qui régnait au sein du Canoë Club de France,
ils fondèrent le groupe autonome du G.H.R, qui disparaîtra
en 1954 lorsque la majorité des rivières auront été
"ouvertes". Ces personnes vivaient sinon une "compétition"
du moins une "émulation" permanente par des entraînements
et du matériel sophistiqué, à l’inverse
des adeptes de la randonnée nautique.
Les rivières, éloignées des centres où
les pratiquants du canoë-kayak étaient les plus nombreux,
étaient difficilement accessibles, les moyens de locomotion
individuels (pour emmener son bateau…) étant peu répandus.
C’est donc logiquement que l’on recherchait des activités
d’entraînement "divertissantes" et "éducatives".
Cette période trouble avait resserré les liens associatifs
au sein des clubs de canoë-kayak. Les quelques années
qui suivirent, en raison des difficultés économiques
d’après guerre, continuèrent de voir les différentes
manifestations de KAYAK BALL se développer dans différentes
manifestations de KAYAK BALL se développer dans différentes
régions de France. Les ressources documentaires manquent
malheureusement pour cette période, mais quelques anciens
témoignent encore.
Adolphe TESNIERES relate des matchs de KAYAK BALL qui se déroulèrent
en 1947 vers PERIGUEUX (DORGOGNE), Daniel BONIGAL se souvent également
de compétitions regroupant plusieurs équipes venues
de régions diverses, (PARIS, LAFERTE BERNARD) en 1948 sur
le canal de la petite Marne en région parisienne. (entrevue
avec Daniel BONIGAL – Paris 1986)
Ces quelques souvenirs ne nous permettent cependant pas d’affirmer
que de réels championnats de KAYAK BALL étaient organisés.
Il semble, tout comme par le passé, que ces rencontres donnaient
lieu à des fêtes locales, et qu’aucune autorité
ne maîtrisait l’organisation nationale de ces manifestations
ludiques.
Un phénomène, dont on peut retrouver la trace dans
la revue mensuelle du CCF dès 1947, allait pourtant modifier
les comportements associatifs : l’autorisation de la pratique
de compétitions pour les adeptes de l’eau vive (la
course en ligne étant inscrite au programme des jeux olympiques
dès 1936…)
Dans un article intitulé : "Canoë et compétition",
Jean-Jacques LANGUEPIN écrivait (« La rivière
» CCF n° 330/1947 pages 14/15) :
« …jusqu’à une époque relativement
récente, nous avions considéré le canoë
non comme une fin mais comme un moyen, merveilleux instrument permettant
l’exploration d’une nature renfermée et particulièrement
belle, celle de la rivière ; moyen permettant une vie sociale
autrement véritable que celle de la cité, celle du
camp…
Aujourd’hui soudainement, notre bon vieux bateau est devenu
un instrument de compétition… devrons nous pleurer
le temps passé ou nous réjouir d’une évolution
qui, à certains égards, peut sembler naturelle…
»
Un autre phénomène important, dont on trouve la trace
en 1951, allait lui aussi modifier les comportements, et par voie
de conséquence, réduire considérablement ces
manifestations festives qui servaient de supports jusqu’alors
au KAYAK BALL.
En effet, Monsieur Jacques JUBERT constatait (« La rivière
» n°358 – CCF/1951 J.JUBERT page 190) :
« la pratique généralisée des sports
en France n’est pas très ancienne comparée à
d’autres grandes nations… est c’est pour ces motifs
que l’esprit de club » est si peu répandu dans
notre pays.»
et déplorait :
« …le fait est dû simplement à ce que
les sociétaires ne pratiquant plus ou ayant quitté
la région, ne restant plus fidèles à leurs
couleurs… »
Ce constat montre bien comment les pratiquants eux-mêmes
sentaient s’éloigner ce qu’ils appelaient "l’esprit
de club"
La révolution technologique du plastique…
Dès le début des années cinquante, une nouvelle
technologie allait également révolutionner le monde
du canoë-kayak.
Le "plastique" ou plus exactement le polyester, faisait
son apparition dans la construction, jusqu’alors très
lourde, des canoës et des kayaks. Le constructeur « Cavé
» présentait pour la première fois en France,
au salon nautique International de Paris en 1953, un canoë
à coque moulée en matière plastique («
La rivière » n°372 – CCF/1953 J.JUBERT page
291) :
Dès l’année suivante, en 1954, ce matériau
de construction semblait faire la quasi-unanimité grâce
: « à ses qualités de stabilité et de
résistance… » ( « La rivière »
n°380 – CCF/1954 J.JUBERT page 455)
Seul le problème de la construction artisanale des bateaux,
restait un point qui pouvait compromettre le sérieux, la
qualité industrielle et un bas prix de revient.
Comment cette révolution technologique a-t-elle modifié
profondément les pratiques du canoë-kayak ? La réponse
nous est donnée par Monsieur Daniel BONIGAL (entretien avec
M.BONIGAL – Paris/1986) :
« L’apparition des kayaks en matière plastique
vers 1955 pour remplacer les "toilés" ou bien encore
les canoës en bois latté, a relancé la pratique
individuelle de l’eau vive. Chacun pouvait alors construire
son propre bateau puisque des moules circulaient dans les sections
régionales. Le GHR, qui commençait à ne plus
trouver de "rivières extrêmes" navigables,
reprit ses activités pour "ouvrir" quelques nouvelles
portions jusqu’alors irréalisables. "
Cette soudaine jouvence pour les activités d’eau vive,
allait contribuer à accentuer les difficultés que
connaissait la "vie de club" à cause de "l’individualisme"
des pratiquants. Cette remarque ne veut en aucun casa correspondre
à un jugement de valeur de notre part et ce type de comportement
n’est que le prémisse de modalités de pratiques
que d’aucun allait appeler : "les pratiques californiennes",
vers les années soixante.
Cette "démocratisation" du canoë-kayak (le
coût de revient et surtout les facilités de construction
permettaient à tous de se procurer "son" kayak)
devait aller de paire avec le développement des moyens de
locomotion individuels (automobile) et surtout avec l’augmentation
du "temps libre".
Durant ces quinze années, on ne retrouve pas la trace de
manifestations de KAYAK-POLO en France, et les sources documentaires
étrangères, parfois minimes, ne nous permettent pas
non plus d’affirmer la pérennité de cette pratique
en Europe.
Pourtant, dès 1970, on note le renouveau du KAYAK-POLO (enfin
découvert sous cette appellation …) en Angleterre,
en Allemagne, et en Finlande.
D’autres pays s’associeront à ce renouveau vers
1973 (AUSTRALIE), en 1976 (PAYS-BAS, ESPAGNE), 1977 (ITALIE)…
Un championnat national est désormais organisé en
Angleterre, tous les ans à compter de 1970. Ce championnat
qui regroupe une dizaine d’équipes, est en fait une
"coupe", formule qui se déroule sur un week-end,
lors du salon nautique de CRISTAL PALACE à Londres. Ce point
est très important car, c’est en se rendant à
ce salon nautique, pour y suivre les évolutions technologiques,
qu’un cadre technique français, René TRAGARO,
découvrira le KAYAK-POLO et l’importera en Bretagne.
Le KAYAK-POLO rentre donc, dans ce que l’on pourrait qualifier
de : "période moderne" à partir des années
soixante dix.
Comment l’implantation du KAYAK-POLO s’est-elle effectuée
en France ? A partir de quelle date ? Comment s’est-il propagé
à l’intérieur de l’hexagone ? Voici autant
de questions auxquelles l’étude chrono-géographique
suivante pourra apporter des réponses.
Etude chrono-géographique de l’émergence
du KAYAK POLO en France depuis 1979 jusqu’à nos jours
(Source FFCK – 1991)
Il semble que "l’entrée" du KAYAK POLO en
France se fasse vers 1978/79 à partir de la région
de Bretagne. René TREGARO conseiller technique régional
de cette ligue, organise avec certains clubs, des matchs de KAYAK
BALLE (ou KAYAK BALL) lors de fêtes locales, très prisées
dans la région. Le règlement utilise est très
voisin de celui des anglais.
Des aménagements locaux sont réalisés pour
permettre la pratique de cette nouvelle activité : utilisation
de kayak surf (de type sabot notamment puisque ces bateaux étaient
souvent utilisés par les Bretons…. La vie festive en
Bretagne étant très développée, même
encore de nos jours, le KAYAK POLO va se structurer assez vite en
un petit championnat régional.
En 1981, René TRAGRO, revient d’un
voyage à CRISTAL PALACE en Angleterre (lieu du "salon
nautique" anglais) avec une traduction du règlement
anglais et des images de jeu plein les yeux. Une "sélection"
de Bretagne participe l’année suivante au tournoi qui
y est organisé tous les ans.
La cuisante défaite sur le score de 7 à 0 face à
l’équipe anglaise, montre l’écart important
qui existait à ce moment entre les deux nations. Cependant,
au dire des joueurs présents à l’époque,
c’est à ce moment que le KAYAK POLO fera réellement
son entrée en France. Le jeu anglais était si plaisant
et spectaculaires que chacun se sentait motivé pour le pratiquer.
Dès février 1983, les Normands,
qui ont eu ces échos du match des bretons en Angleterre,
envoient une "délégation" à CRISTAL
PALACE, et reviennent eux aussi, enthousiasmés par le jeu
d’outre Manche. LE KAYAK POLO, (terme accrédité
officiellement en France à la réunion de septembre
1983 à Paris) va connaître ses premières compétitions
nationales en juillet 1983.
Lors des championnats de France d’eau vive de THONON-LES-BAINS(74-
HAUTE SAVOIE), la Fédération Française de Canoë
KAYAK confie à François PARMENTIER, alors conseiller
technique régional du Dauphiné Savoie, l’organisation
d’un tournoi intitulé "coupe de France des Ligues",
afin de combler, par une animation nouvelle et spectaculaire, le
"trou" entre le slalom et la descente sportive.
La présence des compétiteurs en eau vive dans certaines
sélections de ligue, va permettre une importante participation
à cette manifestation.
Cependant, parmi les seize équipes présentes, plusieurs
sont constituées de joueurs (plus ou moins bien préparés)
ayant fait le déplacement uniquement pour le KAYAK POLO.
C’est le cas notamment de l’équipe normande,
qui l’emporte en finale devant la sélection d’Alpes-Provence,
constituée, quant à elle, exclusivement de slalomeurs
de bon niveau (tous parmi les 20 meilleurs nationaux…)
Cette "opposition" entre la dominante "canoë-kayak"
et la dominante "sport collectif", au niveau des joueurs,
va perdurer de longues années. On peut retrouver cette dualité
qui existait au sortir des années 40/50 entre ceux qui préconisaient
la pratique du KAYAK POLO comme "moyen de formation et d’entraînement
à l’eau vive " et ceux qui considéraient
que le KAYAK POLO était une discipline où la maîtrise
du ballon l’emportait (« La rivière » CCF
/ 1943).
1984 devait être l’année des
"clubs". En effet, après l’essai d’une
coupe de France de Ligues, la toute "jeune" sous-commission
KAYAK POLO de la FFCK, décidait la mise en place d’une
coupe de France des clubs.
Trois étapes de sélections :
1 / deux représentants par ligue sont sélectionnés
pour une finale de zone.
2 / les quatre zones réparties sur la France donnent deux
sélectionnés
3 / poule finale à ST PIERRE de BŒUF (42- LOIRE) à
huit clubs
On remarque sur la carte, l’extension des régions
participant à cette coupe.
Ce sont les Normands du club de PONT D’OUILLY (14- CALVADOS)
qui l’emportent devant les Bretons de HENNEBONT (LORIENT).
O, peut déjà parler de tradition pour ces régions
à l’origine du KAYAK POLO en France.
1985 : pour la première fois, un championnat
de France est mis en place. Cependant, on constate l’existence
d’une phase finale (à CAEN) pour ce championnat.
Il y a donc peu de différence avec une formule "coupe",
mais l’intitulé même de "championnat"
apporte une dimension nouvelle au "statut" du KAYAK POLO
français.
Pour ce championnat, on recense une centaine de clubs, mais une
quinzaine seulement pratiquent cette activité avec sérieux.
C’est le club de LOCHRIST (LORIENT) qui l’emporte devant
le club d’HENNEBONT.
Le véritable championnat de France de KAYAK POLO va débuter
en 1986. Suite aux résultats de la formule de 1985, un groupe
de 8 équipes est sélectionné pour un championnat
de première division, avec matchs aller et retour. Un championnat
de seconde division est organisé avec 80 équipes.
Cette sélection sera à l’origine d’une
désaffectation de certains clubs (coût trop élevé
des déplacements engendrés par la nouvelle formule).
Certaines régions vont donc voir leur club phare s’éteindre.
Une fois de plus c’est le club de LOCHRIST qui l’emporte
devant PONT D'OUILLY. 1986 sera également
l’année de la structuration réelle de l’arbitrage
du KAYAK POLO en France.
1987 : année internationale pour le KAYAK
POLO. La Fédération Internationale, qui trouvait en
1985 que : « Le KAYAK POLO ralentit son évolution à
cause de la disparité des règlements en vigueur…
» (« Retrospective study » by ICF/1985 page 24),
confie à sa commission KAYAK POLO, la mise au point d’un
règlement international unique. La lutte fût âpre
entre les deux tendances : le jeu à dominante à la
main avec but surélevé (ANGLETERRE, AUSTRALIE, FRANCE)
et le jeu à dominante à la pagaie avec but sur l’eau
(ALLEMAGNE, ITALIE, PAYS BAS).
C’est la première qui devait l’emporter grâce
au poids important de l’AUSTRALIE dans la décision.
Cette décision allait permettre un nouvel élan pour
la FRANCE, qui depuis le début en 1983 avait adopté
cette formule. Un choix inverse eût été catastrophique
dans notre pays où de nombreux clubs se seraient sans doute
découragés.
En 1988 et 1989, le KAYAK POLO
chercha essentiellement à se structurer au plus haut niveau,
cherchant plus à "fidéliser" les clubs participants,
qu’à promouvoir le KAYAK POLO dans des régions
où il n’était que peu représenté.
Le choix politiques de cette période montrent bien cette
volonté de crédibiliser d’abord ce qui était
fait, plutôt que de disperser l’énergie dans
le dépistage de clubs nouveaux. Le championnat de première
division devait passer à 12 clubs, tandis que le championnat
de seconde division voyait se mettre en place une poule finale à
12 clubs, après des sélections dans six zones (inter-régionales).
La détermination des zones laissait peu de place aux régions
déjà défavorisées et le critère
essentiel restait le niveau de jeu. Ce choix délibéré
pourra peut-être être jugé ultérieurement,
mais pour l’instant, il semble bien qu’il ait permis
une bien meilleure structuration de l’élite et surtout
de maintenir un excellent niveau de jeu, au regard des performances
des clubs français lors des rencontres internationales. C’est
d’ailleurs en 1989 que la décision de mettre en place
une équipe nationale fût prise.
Afin d’éviter de trop grands déplacements pour
les clubs débutants ou encore peu engagés, une troisième
division (au niveau régional) fût également
mise en place, avec une poule finale d’accession en nationale
2. On peut constater un grand pourcentage de désaffection
à ce niveau de jeu, et les clubs qui accèdent au niveau
supérieur sont parfois dans l’impossibilité
(effectif de joueurs ou problèmes financiers à d’effectuer
la saison en nationale 2).
1990 ne devait apporter que peut de modifications
au niveau de l’implantation du KAYAK POLO sur le territoire
français. Seules la mise en place effective d’une équipe
nationale et de la première "Coupe d’Europe des
Nations" en mars à STRASBOURG sont à noter.
Conclusion historique…
Le KAYAK POLO, comme d’autres sports récents, trouve
sa filiation directive au sein de la "famille du Canoë-Kayak".
De tous temps, qu’il s’agisse d’une pratique ludique
et festive, d’un entraînement pour l’eau vive
ou bien une pratique de compétition à part entière,
ce sont les pratiquants du canoë-kayak qui composent quasi
exclusivement la population des joueurs de KAYAK POLO.
Au fil du temps, soumis à des fluctuations importantes,
les unes pour des raisons économiques et/ou technologiques,
les autres pour des raisons politiques et/ou sociologiques, le KAYAK
POLO a cherché sa voie parmi le monde sportif. Jamais il
ne s’est écarté de ses origines : le canoë-kayak.
Pour reprendre l’expression de Monsieur Daniel BONIGAL qui
parlait ainsi du Canoë-kayak : « Notre identité,
notre spécificité que l’on soit canoéistes
ou kayakiste, adepte des eaux vives, de la mer ou de l’eau
plate, que l’on cherche à lutter contre ses adversaires,
les éléments ou soi-même, … c’est
l’amour de la pagaie ».
Le fait d’y ajouter une balle ne devait rien changer.
Cependant l’évolution du KAYAK POLO, si rapide soit-elle
depuis une bonne dizaine d’années n’a pas été
sans soulever certains problèmes. Celui qui nous intéresse
et qui fait l’objet ici de notre étude, est celui de
la connaissance de la "population" du KAYAK POLO, placée
dans son contexte socio-historique.